«Car Mme Bernard ne parlait jamais de sa voisine et de son amie sans amener de quelque façon dans le discours le nom de ce capitaine fameux. A coup sûr, il tenait plus de place dans son esprit que César, Alexandre et Napoléon, ou plutôt l'armée française tout entière était représentée à ses yeux par le capitaine Smintéry.
Pour dire en quelques mots d'où venait la grande réputation de cet officier, il faut savoir que, quinze ans auparavant, il était venu, par hasard, en congé à Creux-de-Pile, chez un ami, attendre qu'une blessure assez grave reçue au Mexique fût tout à fait cicatrisée, et qu'il avait été très bien accueilli par toute la «société» de Creux-de-Pile et en particulier par Mme Forestier, qu'on en avait causé, que l'intimité avait redoublé, après le départ de M. Forestier, alors député au corps législatif et zélé bonapartiste; que Mme Forestier qui se vantait auparavant de ne pouvoir supporter que Paris et les Parisiens et de ne vivre à Creux-de-Pile qu'avec dégoût, tant elle était Parisienne de vocation, naturellement élégante et poétique, déclara, cette année-là, qu'elle avait des nerfs, des vapeurs, qu'elle n'aimait plus que les frais ombrages, les ruisseaux limpides, les montagnes verdoyantes, les parties de campagnes et tout ce qui s'en suit...
Par un heureux hasard, Smintéry aimait aussi toutes ces choses, de sorte qu'on voyait presque continuellement ensemble ces deux âmes qui, sans doute, en s'épanchant dans le sein l'une de l'autre, avaient rencontré leur commun idéal.»
Constatation d’Oriane (Bic bleu pastel) : jamais rien de nouveau sous le soleil, les mêmes recettes obtiennent toujours les mêmes effets, la réussite du lieutenant Proust, son ascension, sa carrière politique doivent aussi beaucoup à sa fréquentation des femmes d’une certaine société. J’en ai été le témoin-complice… La littérature n'est souvent rien d'autre qu'une accumulation de banalités.
|